Roger Henri Marijnissen, à propos des dessins à la plume d'Anne van Herreweghen

 

Murmuré

 

Jamais la production artistique n'a été aussi foisonnante et jamais on n'a tant écrit sur l'art. Dans tout ce battage et tout ce bavardage autour de l'art, l'unanimité se fait, de façon frappante, sur l'autonomie du métier d'artiste. Choisir le moyen d'expression adéquat est un privilège. L'environnement, les dispositions, la formation, le tempérament et la vision sont autant de facteurs déterminants. Certains éprouvent le besoin d'exprimer leur message par des hurlements ou des imprécations. D'autres choisissent de chanter leurs émotions ou simplement de les conter. Anne van Herreweghen a choisi de les murmurer.

 

Le plongeon d'un crapaud dans la mare

 

Et le silence devient palpable.

 

Où peut-on encore entendre ces choses? Peu sont encore capables d'y prêter l'oreille. L'instant présent, si ténu, entre ce qui fut et ce qui va être. Beuglement de moteurs. Machines. Tympan qui n'y résiste pas. Rythme fracassant de la course folle du quotidien. Qui ne se laisse pas submerger par ce verbiage s'en aperçoit un jour: le murmure peut l'emporter sur les hurlements.

 

Roger Henri Marijnissen

Membre de l'Académie royale flamande de Belgique pour les sciences et les arts

 

Texte publié dans le catalogue de l’exposition Whispers to Europe, 2012